Monseigneur Stanislas Lalanne en visite à Hong Kong: une Église vivante en diaspora
En visite à Hong Kong, Monseigneur Stanislas Lalanne est venu à la rencontre de la communauté catholique francophone, la CCFHK, de ses familles, de ses jeunes et de tous ceux qui font vivre la présence catholique francophone à Hong Kong. Ancien évêque de Coutances-et-Avranches puis de Pontoise, engagé de longue date dans la pastorale des jeunes, l’enseignement et la communication de l’Église — en France comme au Vatican — Monseigneur Lalanne a marqué la vie de l’Église par son souci du dialogue et de l’annonce de l’Évangile. Durant son séjour, il a célébré plusieurs messes, rencontré les acteurs de notre communauté et partagé des moments forts, notamment une soirée communautaire autour du thème: « Keep faith and have courage – Courage, j’ai vaincu le monde. ». Aux côtés du Père Rémy Kurowski, aumônier de la Cpmmunauté Catholique Francophone de Hong-Kong, il répond à nos questions.
Propos recueillis par Catya Martin

Monseigneur, merci d’être avec nous aujourd’hui aux côtés du Père Rémi Kurowski, aumônier de la CCFHK. Vous découvrez notre communauté francophone ici à Hong Kong. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette Église en diaspora?
Monseigneur Stanislas Lalanne: C’est la première fois que je viens à Hong Kong. Je suis déjà allé à Singapour, mais Hong Kong, c’est une découverte. Même si j’ai beaucoup voyagé, c’est pour moi un véritable choc culturel: une ville immense, multiculturelle, multiraciale. Je suis ébloui par ce que j’ai vu, en particulier par la communauté catholique francophone. Grâce au Père Rémi Kurowski et à une équipe de laïcs très dynamiques, j’ai pu faire de nombreuses rencontres, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. J’ai rencontré la Consule générale, le proviseur du lycée français… et je suis frappé par la vitalité de cette communauté. Les catholiques sont bien sûr très minoritaires ici, mais ces communautés sont vivantes — comme c’est souvent le cas à l’étranger — parce qu’elles rassemblent des Français expatriés, mais aussi des personnes venues d’autres pays. Cela donne une belle image de l’Église: des cultures différentes, des âges différents. Et ici, particularité notable, c’est une communauté très jeune par rapport à d’autres. Cette jeunesse lui donne de la force et de l’enthousiasme. En langage chrétien, je dirais simplement: je rends grâce. Je dis merci au Seigneur pour ce que j’ai découvert.
Qu’avez-vous découvert de particulier dans cette communauté expatriée, loin de la France mais attachée à sa foi et à sa culture?
Plusieurs choses. D’abord, la présence d’un prêtre engagé depuis presque quinze ans, le Père Rémi Kurowski. Ensuite, j’ai découvert une forte implication des laïcs. Ils ne sont pas simplement là pour aider le curé; ils sont réellement acteurs et coresponsables, hommes et femmes ensemble. J’ai aussi constaté que la communauté est bien organisée: services divers, équipe pastorale, conseil pastoral… Tous les éléments sont réunis pour qu’elle soit vivante, dynamique et missionnaire, dans le respect de chacun. Les célébrations sont belles et profondément priantes. J’ai eu la joie de présider une messe de première communion: 23 enfants et jeunes ont reçu le Corps du Christ pour la première fois. La célébration était remarquablement préparée: chorale, musique, servants d’autel, assemblée participative. Il y a également un groupe scout important — environ 50 ou 60 jeunes — ce qui est un très beau signe. J’ai aussi été frappé par la qualité de la préparation aux sacrements. J’ai rencontré les confirmands, qui seront confirmés le 14 juin, ainsi que des couples en préparation au mariage et des parents catéchistes. Dans une communauté chrétienne, la foi n’est pas seulement un sentiment religieux: elle doit être formée. Et ici, j’ai vu une communauté qui se réjouit de ses différences. Or une communauté doit apprendre à accueillir ses différences comme une richesse, et non comme un obstacle. Il me semble que c’est le cas ici.
Revenons à la soirée communautaire: pourquoi ce thème — « Courage, j’ai vaincu le monde » — vous semble-t-il particulièrement important aujourd’hui?

C’est le thème des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse en Corée. Dans l’Évangile de Jean (chapitre 16), ce passage se situe juste avant la Passion: avant la grande épreuve. Le Christ s’adresse à ses disciples pour les préparer à traverser l’épreuve avec espérance. Nous vivons dans un monde difficile, incertain, marqué par la violence. L’avenir n’est pas toujours clair. Jésus nous dit: tenez bon. La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Notre espérance est fondée sur la Résurrection: la vie est plus forte que la mort, le pardon plus fort que le mal, la bienveillance plus forte que l’indifférence. Ce n’est pas un optimisme vague, mais une espérance fondée sur une certitude de foi: quoi qu’il arrive, le Christ est vainqueur. Je crois que les jeunes, aujourd’hui, ont besoin d’entendre cela, face aux tensions géopolitiques et aux conflits.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux familles et aux jeunes francophones vivant leur foi loin de la France?
On dit souvent que les jeunes sont l’avenir de l’Église. Non: ils en sont le présent. Les adultes ont besoin de leur enthousiasme. Les jeunes sont parfois fragiles. Il faut les soutenir, leur dire combien ils sont précieux. Souvent, ils paraissent sûrs d’eux, mais ne le sont pas forcément. Il faut leur confier des responsabilités tôt, tout en les accompagnant. Lors de la Confirmation, le parrain ou la marraine pose la main sur l’épaule du confirmand: cela signifie « je suis là pour t’épauler ». C’est une belle image de l’accompagnement. Le défi éducatif aujourd’hui est vital. Les jeunes sont exposés à une multitude de voix, toutes mises au même niveau. Il devient difficile de discerner. D’où l’importance d’un accompagnement solide. Dans un monde où les jeunes sont parfois éloignés de l’Église, peut-on dire qu’ils constituent une “périphérie”? Comment aller à leur rencontre sans les juger mais en les accompagnant? Chaque personne, jeune ou adulte, porte en elle une quête de sens, parfois inconsciente. Je racontais hier une expérience dans le désert du Hoggar. Un guide touareg, avec son bâton, grattait le sol pierreux pour chercher une source. Peu à peu, l’eau a jailli. Elle n’était pas pure au début, mais elle était là. Nous sommes appelés à être des « sourciers »: réveiller la source qui est en chacun. Cela demande patience, écoute, accompagnement. Comme le Christ qui rejoint chacun sur sa route: la Samaritaine dans sa soif, Zachée dans son péché, les pèlerins d’Emmaüs dans leur désespoir. La rencontre transforme.
Quel message pour les enfants qui ont fait leur première communion?

Ils reçoivent un don inouï: le Christ qui se rend présent dans leur vie. C’est gratuit et infiniment précieux. En recevant le Corps du Christ, ils deviennent aussi membres de ce Corps qu’est l’Église. Saint Paul le dit magnifiquement: chaque membre est important, même le plus petit. Je les ai invités à être responsables de la vie de la communauté.
Quel regard portez-vous sur les communautés catholiques à l’étranger?
Il en existe environ 80 dans le monde. Elles ont toute leur place, à condition d’être bien insérées dans l’Église locale. C’est pourquoi il était important de rencontrer le cardinal de Hong Kong. Ces communautés enrichissent l’Église universelle. Quand les expatriés rentrent en France, il est précieux qu’ils témoignent de leur expérience. Paul VI disait en 1975 que « le drame de notre époque est la rupture entre l’Évangile et la culture ». Comment annoncer Dieu dans des cultures différentes? Ceux qui ont vécu ailleurs peuvent apporter un témoignage précieux.
Comment vivez-vous votre ministère d’évêque émérite?
Je craignais de m’ennuyer! (sourire) Mais le pape François m’a confié l’accompagnement de l’Oratoire de France. Les évêques de France m’ont aussi confié deux missions, dont l’accompagnement de la Délégation catholique pour la coopération, qui envoie environ 300 volontaires dans des pays en priorité pauvres. J’écris un peu, j’ai un rythme différent, mais toujours bien rempli.
Père Rémi Kurowski, que représente cette visite?
Rémi Kurowski: Cette visite est importante à plusieurs niveaux. D’abord, elle manifeste concrètement le lien avec l’Église universelle. Une communauté expatriée peut parfois avoir le sentiment d’être isolée, géographiquement loin de la France et culturellement minoritaire dans son environnement local. La présence d’un évêque rappelle que nous ne sommes pas une “petite Église à part”, mais pleinement insérés dans la grande communion de l’Église. Ensuite, il ne s’agit pas seulement d’un passage protocolaire. Le fait que Monseigneur Lalanne ait pris le temps de rencontrer les équipes, les jeunes, les familles, les responsables de services, donne du poids à sa visite. Cela permet une vraie écoute, un échange en profondeur. Quand un évêque reste plusieurs jours, il perçoit les réalités, les défis, mais aussi les richesses invisibles au premier regard. Pour la communauté, c’est aussi une forme d’encouragement. Être vu, reconnu, soutenu dans ce que nous vivons ici — avec nos joies et nos fragilités — est précieux. Cela donne confiance.

En quoi cette visite peut-elle porter du fruit pour la CCFHK?
Père Rémi Kurowski: Je crois qu’elle peut porter du fruit d’abord sur le plan spirituel. Une visite pastorale est toujours un moment de grâce: elle nous oblige à relire ce que nous vivons, à nous demander où nous en sommes, ce que l’Esprit nous dit. Ensuite, elle renforce la coresponsabilité. Lorsque Monseigneur souligne la qualité de l’engagement des laïcs, cela valide et encourage leur mission. Ici, beaucoup donnent de leur temps dans un contexte professionnel exigeant. Entendre que cet engagement est essentiel pour l’Église aide chacun à prendre conscience de sa vocation. Enfin, cette visite nous pousse à regarder plus loin. Une communauté expatriée peut facilement se replier sur elle-même, fonctionner pour ses membres. La parole d’un évêque nous rappelle que nous sommes appelés à être missionnaires, à ne pas vivre seulement “entre nous”, mais à être signe d’Évangile dans la société où nous sommes insérés.
Monseigneur, quel mot laisseriez-vous à la communauté?
Monseigneur Stanislas Lalanne: D’abord: merci. Merci pour ce qu’ils vivent et pour ce qu’ils sont. Ensuite: insistez sur la formation. Nous avons besoin de chrétiens capables de « rendre compte de l’espérance qui est en eux », comme le dit saint Pierre. Avec douceur et respect.
Et votre prochaine destination?
Demain, je pars à Singapour pour confirmer une vingtaine ou une trentaine de jeunes et d’adultes le jour de la Pentecôte. Une belle mission.
Informations sur la CCFHK: https://communautecathohk.com

