Ouvrir les oreilles et la bouche, et les yeux suivront Ce dimanche-là, lors d’un de mes derniers passages en France, j’étais sur la route de Paris à saint Benoît sur Loire. Marc au volent, Amandine à ses côtés et moi à l’arrière, somnolant.
en implant des appareils auditifs. Tous les trois, nous allions au même endroit pour passer du temps dans le monastère que je connaissais depuis ma première retraite spirituelle en France, encore séminariste. C’était pour moi aussi une occasion rêvée de rencontrer frère Jean, un moine que j’avais connu adolescent et que j’avais accompagné dans sa première phase d’éveille vocationnel lorsqu’il était chef scout. Mais la joie de pose et de retrouvailles était ternie par le problème avec mon téléphone. Impossible de l’ouvrir, le faire parler, il restait sourd et muet comme une carpe. Dieu parle de lui-même de différentes façons, par la parole, mais aussi par leur absence. Chaque fois c’est signifiant. Le rôle des prophètes c’est de le faire comprendre. Et ce par tous les moyens possibles et imaginables. Isaïe celui de la première lecture avait pour mission, très étrange, de faire l’inverse de ce qui aurait été attendu d’un prophète: “Engourdis le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles! Que son coeur ne comprenne pas, Qu’il ne puisse se convertir et être guéri”, Ésaïe 6,10. Ne comprenant pas ce que Dieu lui demande, le prophète interroge alors Dieu pour savoir combien de temps cela va durer. La réponse est sans appel: jusqu’à la destruction totale de la ville. C’était une manière de dire que parfois, pour être réveillé, il n’y rien d’autre à faire que de subir une vraie catastrophe. Et ainsi être capable d’entendre la parole de Dieu et la mettre en pratique. La première lecture parle des conséquences positives d’une telle capacité. L’ancien rite de baptême, toujours en vigueur, prévoit le geste d’ouverture des oreilles de la bouche et même des yeux. Il est à accomplir sur ceux qui vont recevoir le baptême. Pour recevoir le baptême, d’abord nous avons besoin d’entendre la prédication de la Parole de Dieu et professer la foi en Jésus. Si nous sommes spirituellement sourds, nous allons aussi être spirituellement muets. Et combien sont ceux qui le demeurent après le baptême? Mais il n’est jamais trop tard. La preuve que nos oreilles sont ouvertes nous est fournie par la deuxième lecture. “N’ayez aucune partialité envers personne”. Malheureusement, et à Hong Kong nous sommes bien placés pour le constater, la tendance humaine à avoir des égards pour les riches est bien là. Et nous les chrétiens, nous n’en sommes pas tout à fait libérés. Les apparences tiennent une place centrale dans biens des relations sociales et professionnelles. Dans ce monde qui a beaucoup d’égard pour les riches, l’Eglise n’est pas en croisade contre eux. Mais en bon prophète, elle les appelle, eux aussi, à comprendre que la dignité humaine ne dépend pas de la position sociale ni des richesses accumulées. Et que par le baptême; nous sommes tous une même famille, enfants de Dieu, frères et sœurs du Christ. Amen.
PS. Durant la préparation de cette homélie j’aurais préféré être sourd physiquement, tellement le bruit de marteaux-piqueurs de l’autre côté du mur me cassait les oreilles. Mais mon téléphone fonctionne bien, certains n’hésitent pas à en faire un bon usage.
