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Communauté Catholique Francophone de Hong Kong

Homélie du 5 octobre 2024 – La bible et ses arrangements

La vision judéo-chrétienne est marquée par l’idée de la progression spirituelle. Une sorte d’arrangement qui permet de corriger ce qu’il y avait avant et qui désormais est considéré comme pas satisfaisant à cause d’un bien plus grand que l’on n’avait pas vu avant. Surtout les exemples tirés des lectures d’aujourd’hui vont illustrer cela.

L’insatisfaction fait partie de la condition humaine, les arrangements pour y remédier s’en suivent. L’homme n’est pas satisfait de sa condition. Mais pour la plupart du temps, ce n’est pas le travail sur soi qui motive la volonté pour trouver de la satisfaction. Nous passons infiniment plus de temps à travailler sur nos avoirs (légitime par ailleurs) pour assurer le minimum matériel, mais souvent plus. L’insatisfait toujours. Qui ou quoi le comblera?

Adam de la première lecture n’est pas satisfait de son sort, Jésus dans l’évangile n’est pas satisfait de la situation religieuse de ses contemporains. A la première situation (livre de la Genèse) correspond un arrangement auquel Dieu concède bien volontiers pour satisfaire les attentes que Dieu a mis en lui. Dieu lui donne une compagne qui lui sera égale, avec qui il pourra communiquer sur tout ce qu’il vit et à quoi il aspire.

Dans l’évangile il y a d’abord un arrangement obtenu par Moïse auprès de l’Eternel au sujet de la lettre de séparation (répudiation, éloignement) du couple. Puis il y a une correction de cet arrangement que Jésus apporte, car lui-même n’est pas satisfait de cette situation-là. À l’occasion il corrige un autre arrangement, celui de l’inégalité entre homme et femme: si l’homme divorce et épouse une autre, et si la femme… de même.

Souvent cette cascade des corrections des arrangements précédents est invisible, car aplatie par un regard accusateur attribué à Jésus qui dénonce et impose une loi impossible à tenir. La baisse des mariages religieux en est un indice.

C’est là que vient encore un autre arrangement, évoqué au début, celui de la progression spirituelle. En d’autres termes, la lourdeur due à la nature humaine de s’élever au niveau de l’exigence de l’amour divin s’explique par la faiblesse de propulsion de notre moteur spirituel. C’est à quoi s’ajoutent des accidents de la route, non respect du code de la route, mauvais état de véhicule, prise de risque due à l’excès de vitesse, mauvaise façon de négocier les virages, ne pas tenir compte de la mauvaise météo etc.

La vie en général et la vie de la foi chrétienne en particulier semble obéir aux arrangements. D’un arrangement à l’autre; sur lequel on va s’arrêter? Celui que nous imposons ou celui que Dieu propose. Si c’est celui que nous imposons, cela signifie stagnation, acédie, inertie, satisfaction d’un petit bout de gras spirituel que l’on détient jalousement (j’ai ma croyance, comme si on disait j’ai une propriété dans le Vaucluse).

Un arrangement peut venir de Dieu, parce qu’il ne détruit pas la ville de Ninive, parce qu’il y a dans cette ville au moins un homme juste. Ou dans le fait que Dieu appelle des gens dont les dispositions intellectuelles, spirituelles et morales sont variables, mais dont il espère tirer le meilleur d’eux-même, c’est-à- dire qu’à son contact, ils se laissent bonifier dans le pressoir du “vin nouveau”.

A chaque fois c’est une invitation incessante à se lever pour continuer la marche vers l’accomplissement de la foi chrétienne, la vie éternelle (du bon côté). Une marche souvent avec les pieds endoloris, les jambes fatiguées et le cœur qui n’est plus.

Mais une marche qui permet d’atteindre la rampe de lancement pour que l’on s’envole pour l’éternité. Rien que cela. Et tout ce que l’on fera pour s’y préparer, sera suffisant pour y arriver. A condition de ne jamais se contenter de ce que l’on a déjà. C’est dans un tel désir que Dieu va planter des graines qui vont devenir des arbres, dont on pourra préparer des planches du salut.

L’arrangement est toujours bon, mais à condition qu’il soit fait à l’amiable. Mais surtout qu’il soit fait au profit maximal de chaque côté. Jamais au détriment de l’un ou de l’autre. Dieu et l’homme peuvent se contenter de tels arrangements dont bénéficient les humains, à condition qu’ils gardent le chemin de la vie toujours ouvert sur l’éternité.

Amen